Entête de la Fraternité Chevaleresque Michaélite.
Hominem servire nonquam homini servire !

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Un style de Vie.

Chamfort, philosophe français (1741-1794) disait : "Dans les grandes choses, l’homme se montre comme il convient de se montrer, dans les petites, il se montre comme il est !"

C’est bien dans les petites choses de la vie de tous les jours que se reconnaît le style de vie chevaleresque.

Il n’est pas possible d’envisager de plusieurs façons une vie de chevalier.

Il n’en existe qu’une seule : le don de soi.

Don de soi, sans faille, présence constante de l’esprit, conscience attentive en éveil, efficacité généreuse.

Ce don de soi n’est pas possible en restant passif : le Chevalier n’est pas un spectateur, c’est un homme d’action, un homme qui mène un combat de tous les jours.

Son combat, cependant, est tout en nuances. Dédaignant les aises d’une vie amollie et sans nerf, méprisant la souffrance personnelle, il proclame sa qualité de Chevalier au milieu des rires et des quolibets.

Sa vie de tous les jours sera un témoignage contagieux, montrant aux hommes la vanité de leurs idoles modernes, mais sans oublier le devoir de Servir toute créature, sans acception de personne.


Ce style est une contestation, une révolte, mais jamais l’anarchie.

  • Révolte contre la subordination de toute entreprise humaine à l’intérêt matériel ;
  • Révolte contre les mensonges tortueux, les faux semblants, les habitudes rampantes, les finesses menteuses, bref l’endoctrinement et le conditionnement des masses par des théories et des moyens qui relèguent Goebbels au niveau de la Comtesse de Ségur ;
  • Révolte contre une certaine animalité égoïste dont s’affublent trop d’hommes et de femmes sous le prétexte d’un retour "à la vertu des grandes lois de la nature".

A côté de cette négation constructive, se mène le combat positif :

  • Œuvrer pour la justice et l’équitable répartition des biens temporels ;
  • Œuvrer pour un monde de Paix et d’Harmonie ;
  • Œuvrer pour un monde dans lequel l’homme est une Ame, un roseau pensant et non un pion qu’on déplace sur l’échiquier ;
  • Œuvrer pour un monde d’Unité et de Droit ;
  • Obliger les hommes à regarder en eux, à prendre conscience de la sclérose de leur indifférence, à se sortir du confort du "civilisé-consommateur" ;
  • Prouver aux Hommes qu’il faut croire à l’amour...

Car,

  • Si, une fois l’an, les Chevaliers se réunissent en une grandiose cérémonie, régie par des traditions séculaires ;
  • Si, une fois l’an, les derniers rayons du soleil d’automne font étinceler les épées et resplendir les blancs manteaux dans un cortège hors du temps ;
  • Si, tout cela, savamment orchestré jusqu’aux moindres détails, fait se gausser le bon bourgeois qui en ignore la signification...

Tout ce décorum n’est qu’une affirmation symbolique, une représentation ésotérique de ce qui réside dans l’âme du Chevalier. Ce que seuls les yeux et les oreilles de l’Initié peuvent saisir.

Mais, il reste 364 autres jours, toute une année à vivre, mais à vivre autrement que les autres hommes. Autrement, parce que le Chevalier n’a plus le droit de vivre "comme les autres". Il mène une lutte de tous les jours contre le "vieil homme" dont il s’est dépouillé, mais qui ne s’avoue jamais vaincu. Il lui faut ce "courage banalement quotidien" qui bien souvent exige plus d’efforts que ne demanderait l’étincelle aveuglante de quelque action d’éclat.

Le Chevalier ne regarde plus la vie avec les mêmes yeux que le profane.

La gangue matérielle qui tentait d’emprisonner son esprit s’est dissoute et l’initiation qu’il reçoit lui permet de pénétrer intensément les valeurs symboliques.

Si, les deux pieds sur terre, pleinement conscient de tout ce qui l’entoure, il peine dans les ornières quotidiennes, son esprit s’est dégagé du climat obsédant des nécessités matérielles. Ni surhomme, ni pharisien, il se veut meilleur parce qu’il se veut un Témoin.

Ses passions humaines restent en lui, mais par une mutation que le profane ne peut comprendre, il les a soumises au service de son idéal.

Envers et contre tout, faisant fi de l’ironie des hommes, il poursuit son idéal avec la foi des preux.

Tout au long du chemin d’épines qu’est la Quête du Chevalier, un mot clef l’habite : Charité.

"La charité, c’est la loi de la construction du monde" a dit l’abbé Pierre.

Mais, gardez-vous de donner à Charité son sens étriqué, communément utilisé, celui d’aumône.

Faire la charité dit-on souvent  quelle horrible expression, doublée d’une faute de français !

Caritas en latin, signifie amour, amour du prochain !

Ceux qui ont lu les lettres de Paul de Tarse, connaissent bien le vrai sens. C’est ce sens étymologique qu’il faut donner à Saint-Michel.

Charité, c’est amour ;
Charité, c’est connaissance, parce que pour aimer il faut connaître ;
Charité, c’est tolérance, parce que pour connaître, il faut avoir pu tolérer et par, et pour cela,
Charité, c’est Paix.


Voici, tout étant dit ou presque, deux petits mots qui pourraient résumer la vie du Chevalier : "Faire tache"

Oui, là où ils se trouvent, les Michaélites font tache, car ils sont enfants de Lumière.

Cette Lumière qu’ils verront un jour, au sein de l’Etoile Flamboyante.

Mais, n’espérez pas chemin faisant, la tranquillité de l’âme ou du corps, le succès ou la victoire.

Vous n’aurez que ce qui reste, ce que les autres ne veulent pas. Et, vous l’aurez définitivement !

Vous aurez l’insécurité et l’inquiétude, le tourment et la bagarre, mais vous aurez aussi ce qu’on ne peut obtenir que de soi : le courage, la force et la foi !

Et puis, est-il nécessaire d’espérer pour entreprendre, de réussir pour persévérer ?



Feu le Chevalier Jean Baptiste SORNIN,
Troisième Grand Maître de la F.C.M.,
Noël 1987